Dramatique accident d’avion au Pic de la Camisette

L’ association des ACPGCATM de l’Ariège, et plus particulièrement la section de Quérigut, ont décidé d’édifier une stèle pour la commémoration de ce dramatique accident.

L’inauguration de ce monument a eu lieu le dimanche 9 septembre 2018 sur le chemin emprunté alors par les deux aviateurs blessés pour chercher des secours dans la vallée. Vous trouverez  le récit de cette inauguration dans la page « actu ».

Rappel des faits.

Le 05 décembre 1944 un avion Dakota  C 47,  M.K.III.FI 588, qui était piloté par 3 membres de la R.A.F venant de trois pays du  Commenswealth , s’est écrasé sur le territoire de la commune de MIJANES (09 Ariège )
L’avion avait décollé de la base Royale Air Force de Northolt en Angleterre, en direction des Indes, aux alentours de 9 h pour faire escale à Marseille. Il y avait à bord 20 pilotes de planeurs, en plus des 3 membres  de l’équipage. Ils appartenaient au régiment du  » glider pilots « . Pour ces pilotes expérimentés, le trajet est donc sûr.

Mais la météo s’est considérablement dégradée (neige, grêle vent…) et l’avion et son équipage ne vont pas suivre le plan de vol prévu.

Soudain, vers 15h30 l’avion  percute la crête du Pic de la Camisette ( 2426m ). Il a d’abord percuté le versant nord, au-dessus du Roc de la Musique, pour ensuite basculé et glissé sur plus de 150m sur le versant sud-ouest, près de l’étang. L’avion se disloque en partie, seule la partie arrière de la carlingue reste à peu près intacte.
L’officier WALSH qui était assis à côté de WiIGMORE, lui donna un coup de coude et dit : « je pense que nous descendons. » . Dans l’instant qui suivit le Dakota se pencha sur le côté, et WIGMORE  perdit connaissance.

D’abord la survie,

Lorsqu’ il revint à lui, entouré de flammes, il essaya de bouger pour se sortir de ce brasier et en ressentant une forte douleur à la cheville gauche il comprit rapidement qu’elle était cassée. Quand l’officier BAKER, qui, légèrement blessé à la jambe, vint pour l’aider, WIGMORE lui demanda d’aller voir si il n’y avait pas d’autres survivants. Il se mit à ramper et trouva le Major BLATCH  un peu sonné mais capable de se déplacer.
La nuit passa et au lever du jour BLATCH et BAKER qui étaient les plus valides firent le tour de la carcasse et entendirent en contre-bas des cris de douleur. C’était l’officier DAWKINS qui avait les deux jambes cassées. Ils essayèrent de le remonter pour le mettre à l’abri mais les forces leur manquaient et ils l’abandonnèrent. Une heure plus tard ils entendirent  des cris plus proches. C’était DAWKINS qui avait pu gravir la pente malgré ses blessures. Ils le mirent à l’abri du fuselage à côté de WIGMORE.

Sur les 23 occupants 16 décédèrent de suite. Sept pilotes survécurent au crash.

Ce sont :
Major J.F.BLATCH  , Sergent  d’état Major E.J BAKER  (Brûlures du visage au 2è degré, déchirure du cuir chevelu, et de la cuisse gauche, légères engelures.), Sergent  d’état Major J.A AINSWORTH  (Brûlures des mains au 2è degré, 2 côtes cassées ,engelures sévères aux pieds.),  Sergent E.J SIGMORE  (Cheville gauche cassée, gelures sévères des deux pieds et du bas de la jambe gauche, brûlures du visage au 1er degré.), Sergent G.P DAWKINS ( les deux jambes cassées et des gelures.), Sergent HENWOOD (Brûlures au 1er degré  du visage et des mains gelures des mains et des pieds. ), Sergent d’état Major A.S ANDERSON (mort dans la nuit du crash.)

Il faut trouver des secours

Le 06 décembre BLATCH et BAKER comprirent rapidement que leur seul salut était d’aller chercher des secours. Ils descendirent une forte pente et longèrent le ruisseau de Barbouillère  puis celui de la Bruyante.  Ils n’avaient rien à manger et la blessure de BAKER qui le faisait horriblement souffrir ralentissait leur progression.  Sur la fin de leur périple BAKER ne pouvait plus marcher  qu’avec l’aide de son camarade BLATCH, pour enfin arriver, après 7 heures de marche, au village de MIJANES.  Lorsqu’ils passèrent devant une cabane de berger la tentation fut forte de s’y abriter et d’y passer la nuit. Mais le sort des autres blessés était entre leurs mains. Ces deux militaires sont arrivés par le haut du village dans la cour de l’ancienne boulangerie où des enfants s’amusaient. Ma mère qui avait 13 ans eut peur et partit prévenir un adulte. Dès qu’ils eurent fait le récit de l’accident, une équipe de sauveteurs de MIJANES est partie à la recherche de l’appareil et des survivants. Les recherches furent interrompues à cause de la nuit et d’une forte tempête de neige. Le lendemain matin (le 07 décembre ) un groupe d’habitants  du village d’ARTIGUES se mit à son tour à la recherche de l’avion et suivit les traces des deux rescapés. Celles-ci les menèrent à 100 mètres du sommet du Pic de la Camisette où ils trouvèrent un spectacle de désolation où régnait la mort, jusqu’au moment où ils entendirent des appels au secours venant de la queue de l’appareil.
Il était minuit et ils trouvèrent à l’intérieur du fuselage, les officiers AINSWORTH, HENWOOD, WIGMORE et DAWKINS encore en vie. Ils s’empressèrent de les réconforter et de les soigner. Puis ils se mirent en marche avec difficulté car aucun des quatre militaires ne pouvait se déplacer. Il aura fallu beaucoup de force et de courage, à ces villageois d’ARTIGUES, pour descendre les blessés, par des pentes abruptes et enneigées ainsi que par un chemin pas toujours facile le long du ruisseau de Barbouillère.
Les quatre officiers sont redescendus sur le refuge du Pla où des ambulances et le Sous-Préfet de LIMOUX ainsi que des personnalités civiles et militaires les attendaient. Ils seront eux aussi évacués sur l’hôpital de Carcassonne.
Onze militaires décédés furent retrouvés, puis  redescendus  et enterrés au village de MIJANES entre le 10 décembre 1944 et le 19 décembre 1944.
Il s’agit de:

Prénom, Nom                                          Grade                                                 Enregistrement en Mairie

  • G.HORROCKS                             Lieutenant                                                    10/12/44
  • F.H.BARCLAY                             Capitaine                                                       10/12/44
  • R.S.GROOT                                  Major                                                              11/12/44
  • A.J.GIBBS                                    Sergent                                                           11/12/44
  • R.D.TELFER                               Capitaine                                                        11/12/44
  • J.WOODWARD                         Sergent                                                            11/12/44
  • M.L.RICHARDS                        Lieutenant (navigateur)                              16/12/44
  • E.H.W.NORMAN                      Lieutenant                                                     16/12/44
  • D.J. LAWTON                           S/Sergent                                                       19/12/44
  • J.WALSH                                   Sergent                                                            19/12/44
  • W.WATT                                    W02                                                                 19/12/44

Il restait encore six corps à retrouver et à redescendre mais à cause des conditions météorologiques les recherches furent interrompues.
De nouvelles recherches ont été entreprises au printemps 1945 ce qui  permit  entre le 23/05/45 et le 19/06/45 de retrouver tous les corps.
Il s’agit de :

Prénom, Nom                                             Grade                                              Enregistrement en Mairie

  • N.O CLEMENTS                          Lieutenant (pilote)                                      23/05/45
  • A.S.ANDERSON                          S/Sergent                                                      25/05/45
  • E.WAKEFIELD                           Sergent                                                           26/05/45
  • WP.GRIFFITHS.AFC                Wireless Op                                                   28/05/45
  • R.V.D PALMER                          Capitaine                                                       28/05/45
  • A.J COX                                       Lieutenant                                                     19/06/45

Tous ces aviateurs seront par la suite enterrés au cimetière militaire de Mazargues dans la banlieue sud-est de Marseille.

Récupération de l’avion en août 2005.

 

Dans la mémoire collective du canton, des événements avaient particulièrement marqué la Seconde Guerre mondiale. Parmi eux, l’accident de l’avion de la Camisette est encore très présent dans l’esprit d’habitants du canton intervenus le lendemain du crash pour porter assistance aux survivants

L’idée de ramener quelques pièces de l’avion à la maison du patrimoine du Donezan est donc venue naturellement . Mais le site est escarpé, loin d’un accès véhicule, et les pièces sont lourdes… Vient l’idée de solliciter le concours de l’armée de l’air et d’un de ses hélicoptères. Il faut le tenter. M. Mathevet (officier retraité de l’armée de l’air) se fait en quelque sorte le relais de la demande des élus du Donezan. A l’état-major, le général Rémy apprécie la démarche qui reçoit in fine le feu vert de la ministre de la Défense, de l’époque,  Michèle Alliot-Marie.

Cette opération, considérée au départ comme un exercice, s’est révélée être une véritable mission pour l’équipage du capitaine Quimours. L’aspirant Pontier, pilote du Puma de la base de Cazaux (Gironde), a prouvé sa dextérité et fait apprécier les qualités de l’hélicoptère. Une aile, une cocarde, les deux moteurs et une hélice ont été redescendus  au château d’Usson et à la station de ski de Mijanès qui a servi de base à l’hélicoptère.

L’exercice de descente de l’aile s’est avéré particulièrement délicat en raison de la légèreté et de la surface de la pièce qui ne demandait qu’à reprendre son envol.

Le matériel avait été préalablement conditionné par la petite équipe de la communauté de communes du Donezan, conduite par J.-F. Poroli, et par deux commandos plongeurs de Cazaux qui ont aussi élingué le moteur tombé dans l’étang de la Camisette.

Ces deux commandos ont eux aussi fait montre de leur savoir-faire dans le cadre certes superbe qu’offre le Donezan mais aussi physiquement et techniquement difficile. L’équipage, y compris le ravitailleur, les personnels de la communauté de communes et toutes les personnes concernées ont particulièrement apprécié la mission réalisée avec une parfaite maîtrise et organisation.

Les différentes rotations du Puma au-dessus du Donezan n’ont pas manqué de susciter la curiosité des habitants et vacanciers présents sur le canton.

Les pièces ainsi descendues (le gros du DC 47 est resté sur le lieu du crash) sont exposées à la maison du patrimoine du Donezan. Celle-ci s’enrichit donc et confirme encore plus son rôle de conservation de la mémoire du Donezan.

Reportage paru dans la dépêche du 31/08/2005

 

Je remercie Monsieur Christian DUBUC qui m’a autorisé à puiser dans le document qu’il a publié sur sa page perso(mijanes.pagesperso-orange.fr)



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